Porter du daim : les erreurs à éviter

Une veste achetée en octobre, portée trois fois, remisée au fond de la penderie avant les fêtes. Un pli mat sur le coude, une auréole pâle sur l'épaule après une averse, et cette impression que la matière a vieilli plus vite que vous ne l'avez portée. Le daim produit ce scénario plus souvent qu'aucune autre matière.
Et ce n'est pas une question de budget. Une veste en daim à 400 euros peut se fatiguer en une saison quand un manteau de laine à 200 euros traverse dix hivers. Ce n'est pas non plus une question de soin, du moins pas seulement : une part de ce qui abîme le daim est liée à la façon dont la matière est fabriquée, et le choix doit se faire au moment de l'achat.
Le daim occupe une place singulière dans le vestiaire. C'est une des rares matières onéreuses qui peuvent paraître bon marché à trois mètres. Le cuir lisse se patine. Le daim, lui, se lustre, s'aplatit, se tache, et sa valeur bascule d'un coup. Autrement dit, il émet un signal instable.
C'est précisément ce qui le rend intéressant. Une matière dont la lisibilité dépend autant de son état nécessite de bien la connaître. Voici les règles qui comptent, de l'achat à l'entretien, pièce par pièce, pour que le daim renvoie de vous l'image que vous souhaitez.
Ce qu'est vraiment le daim, et ce qu'on vous vend sous ce nom
La première erreur, et sans doute la plus coûteuse : acheter du daim sans savoir ce qu'on achète. Le mot recouvre dans le langage courant au moins quatre matières très différentes, dont la durée de vie varie largement — et trois d'entre elles se vendent couramment sous le nom de daim ou sous un terme voisin.
Le daim désigne à l'origine un cervidé, et la matière tirait son nom de sa peau. Le daim d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec cet animal : il s'agit presque toujours d'agneau, de veau ou de chèvre, travaillés de manière à obtenir une surface veloutée. Ce qui fait le daim, c'est le traitement que subit la matière.
Un mot sur la peau elle-même, car tout le reste en découle. Une peau a deux faces. La face extérieure, celle qui portait le poil, s'appelle la fleur : c'est la couche la plus dense et la plus résistante, celle qui porte le grain naturel. La face intérieure, tournée vers la chair de l'animal, est plus lâche et plus fibreuse. Sur une peau épaisse, on peut refendre l'épaisseur pour en séparer plusieurs couches. Un cuir dont la fleur est laissée intacte s'appelle un cuir pleine fleur : c'est le cuir lisse, le plus solide. Dès qu'on ponce une surface, on obtient un velouté, et c'est de là que viennent le daim, le nubuck et la croûte de cuir velours.
Daim ou nubuck : deux ponçages, deux résistances
La distinction entre daim et nubuck revient sans cesse, et la réponse tient en une phrase : les deux viennent de la même peau, mais ne sont pas poncés du même côté.
Le daim est travaillé côté chair. Le ponçage y révèle des fibres longues et souples, un toucher moelleux, un poil qui se couche et se relève. C'est la matière la plus douce, et la plus fragile.
Le nubuck est poncé côté fleur. Le ponçage y est très léger, juste assez pour créer un velouté ras et serré. Le nubuck conserve donc cette couche dense sous la surface veloutée. Il marque moins, se nettoie mieux, vieillit plus dignement.
Concrètement : si vous hésitez entre deux paires de bottines d'aspect comparable, celle en nubuck tiendra plus longtemps. Le daim reste préférable sur les pièces peu sollicitées, où la souplesse et le toucher priment sur la résistance.
La croûte de cuir velours, la confusion la plus fréquente
Les couches inférieures de la peau, celles qui n'ont ni fleur ni grain naturel, forment ce que la profession appelle la croûte de cuir. Poncée, elle donne la croûte de cuir velours, qui ressemble au daim sans en avoir les qualités. Vous ne verrez presque jamais ce terme sur une étiquette, pour une raison évidente : le mot croûte signale une qualité inférieure. Les commerçants lui préfèrent la formule « cuir velours », qui ne dit pas de quelle couche il s'agit.
Cette matière est omniprésente dans l'entrée et le milieu de gamme, en particulier sur les chaussures et la petite maroquinerie. Elle est à l'origine de la plupart des déceptions : un poil trop long et irrégulier, un aspect pelucheux dès les premières semaines, une usure rapide sur les zones de pli, une tendance à retenir la poussière et à foncer aux points de frottement.
La suédine, le synthétique qui imite le velouté du daim
La suédine n'est pas un cuir du tout. C'est un textile synthétique, généralement en polyester ou en microfibre, dont la surface est traitée pour reproduire le toucher velouté du daim. Elle est omniprésente sur les pièces de fast fashion et sur une partie de la chaussure d'entrée de gamme.
Elle n'est pas déshonorante en soi, et elle a même deux avantages réels : elle résiste mieux à l'eau et se nettoie sans précaution particulière. Ce qu'elle n'a pas, c'est la profondeur du velouté et la capacité à se redresser au brossage. Sa surface est uniforme, sans variation selon le sens du poil. Et quand elle se lustre aux points de frottement, rien ne la rattrape : il n'y a pas de fibre à relever.
Le seul vrai problème est le prix au regard de la qualité. Une pièce en suédine vendue au tarif d'un cuir est une erreur d'achat, et le flou du vocabulaire commercial entretient souvent la confusion.
Pour fixer les repères, voici les cinq appellations que vous croiserez.
Matière | À quoi ça ressemble | Ce que ça vaut |
Cuir lisse | Surface lisse, grain visible | Le plus résistant, se patine |
Nubuck | Velouté très ras, presque lisse | Solide, bonne tenue dans le temps |
Daim | Velouté souple, poil qui bouge | Beau et doux, mais fragile |
Cuir velours | Velouté irrégulier, pelucheux | Qualité inférieure, s'use vite |
Suédine | Velouté uniforme, sans relief | Synthétique, ne doit pas se payer au prix du cuir |
Reconnaître un daim de qualité en boutique
Quatre vérifications suffisent à trancher en quelques secondes :
Passez la main à rebours du poil : un daim de qualité change nettement de teinte, puis reprend son aspect initial quand vous passez la main dans l'autre sens. Une croûte de cuir velours réagit mollement, voire pas du tout.
Regardez la régularité : le velouté doit être uniforme sur toute la pièce, sans zone plus rase ni plus pelucheuse. Les irrégularités trahissent l'utilisation d'une couche inférieure de la peau.
Examinez l'envers et les tranches : sur une veste, l'intérieur doit présenter une surface cohérente avec l'extérieur.
Sur une chaussure, l'arrière du talon et le bord de semelle révèlent l'épaisseur réelle du matériau. Un daim véritable est fin et souple, une croûte épaisse est cartonneuse.
Vérifiez la composition sur l'étiquette. Un textile synthétique y figure obligatoirement en pourcentages de fibres, quand le cuir se signale par une mention et un pictogramme. Un « 100 % polyester » sur une pièce vendue comme du daim tranche la question.
Porter du daim, c'est choisir une matière qui absorbe la lumière
Voici ce qui distingue vraiment le daim des autres cuirs : le cuir lisse renvoie la lumière. Il crée un reflet, un contour net, une brillance qui attire le regard sur la pièce. Le daim fait l'inverse. Sa surface poncée diffuse la lumière dans toutes les directions et n'en renvoie aucune.
La conséquence est directe sur la silhouette : une pièce en daim ne dessine pas de contour franc. Elle ne crée pas de point d'accroche visuel. Elle adoucit les lignes au lieu de les affirmer, elle amortit les angles, elle atténue la rigidité d'une tenue trop structurée. C'est une matière qui pose du volume sans poser de structure.
Cette propriété a une valeur rare. Dans la plupart des cas, le mat est associé au bon marché et le brillant au luxe. Le daim est une des exceptions : il est mat, tactile, chaleureux, et précieux. Ce qui signale sa valeur, ce n'est pas un reflet, c'est la profondeur du velouté et l'uniformité du poil.
D'où l'instabilité du signal. Dès que le poil s'aplatit, se lustre ou se salit, la matière perd exactement ce qui rendait sa valeur visible. Un cuir usé reste un cuir ; un daim usé ressemble à un textile synthétique. Toute la discipline que demande cette matière relève de ce constat.
D'où une règle à intégrer avant l'achat : ne confondez pas patine et usure. Le cuir lisse gagne à vieillir, le daim non. Une pièce en daim ne se bonifie pas avec le temps, elle se maintient ou elle se dégrade.
Cette opposition entre matières qui captent et matières qui absorbent structure l'ensemble du vestiaire, bien au-delà du daim, pour en savoir plus : Les matières que l'on porte : les erreurs à éviter
La veste en daim pour femme : les coupes et les couleurs à privilégier
La veste en daim est la pièce à laquelle on pense immédiatement, et celle sur laquelle on se trompe le plus. Elle revient en force dans les collections, portée par le retour du registre des années soixante-dix, et le marché en propose désormais à tous les prix.
L'erreur centrale est une erreur de coupe, pas de couleur. Le daim ne tient pas la structure. Il n'a pas la nervosité du cuir pleine fleur. Il tombe, il se creuse, il suit le corps. Acheter une veste en daim dont la coupe suppose de la structure - épaule marquée, taille cintrée, col rigide - revient à demander à la matière ce qu'elle ne sait pas faire. Le résultat s'affaisse en quelques semaines, généralement aux épaules et au col.
Les coupes qui fonctionnent sont celles qui assument la souplesse. Une veste droite, à peine structurée, qui tombe naturellement. Un modèle légèrement ample, aux épaules basses. Une veste courte et fluide, sans revers architecturé. Toute la crédibilité de la pièce vient de la cohérence de la coupe avec la matière, et non d'une rigidité empruntée.
Si vous tenez à une coupe plus structurée, orientez-vous vers le nubuck plutôt que vers le daim : le ponçage y étant superficiel, la couche dense de la peau reste en place et la veste garde davantage d'aplomb.
En matière de couleur : le camel et le cognac sont les teintes les plus vendues, et les plus datées dès lors que la coupe évoque elle aussi les années soixante-dix. Un camel sur une veste à franges ou à col large relève plus du registre costumé que de la tenue. Les teintes profondes, chocolat, taupe, kaki foncé, anthracite, sont beaucoup plus sûres et peuvent se porter toute la semaine.
Reste une question que cette section ne tranche pas : le modèle. Perfecto, blouson ou bomber portent chacun un message distinct, qui se joue au-delà de la matière — nous le détaillons dans notre article consacré à la veste en cuir.
Pour en savoir plus : Veste en cuir femme : les erreurs à éviter
La jupe en daim : tout se joue sur la coupe
La jupe en daim est moins répandue car elle concentre un problème que les autres pièces en daim n'ont pas : elle subit une pression permanente aux mêmes endroits.
La jupe droite est la coupe la plus risquée. Le daim ne se plisse pas proprement : il marque aux zones de tension, hanches et assise, et ces marques se lustrent. Une jupe droite en daim porte la trace de la dernière fois où vous vous êtes assise, et le repassage, impossible sur cette matière, ne permet pas de l'estomper.
La coupe trapèze ou légèrement évasée résout le problème mécanique : le tissu ne tire pas. C'est aussi, il faut le savoir, la coupe à laquelle le daim est culturellement rattaché. Le risque est de basculer vers le registre costumé : une jupe trapèze en daim camel portée avec des bottes hautes reconstitue une image des années soixante-dix presque à l'identique. Pour que l'ensemble reste contemporain, mieux vaut privilégier une jupe trapèze en daim chocolat, portée avec une bottine basse, ou une jupe trapèze en daim camel, portée avec une chaussure plate. Comme on le verra plus loin, le piège n'est jamais dans la pièce elle-même, il réside dans son association à d'autres pièces.
Le pantalon en daim, une pièce à réserver
Le pantalon en daim cumule toutes les difficultés de la matière : frottement permanent à l'entrejambe et à l'assise, pli au genou, lustrage rapide. Il exige un daim de très bonne qualité et un usage très occasionnel.
Bottes en daim, bottines et mocassins en daim : les erreurs aux pieds
C'est par les chaussures que les femmes portent le plus souvent du daim, sans y penser. Les bottes en daim, les bottines, les mocassins en daim et les ballerines représentent le gros du marché de la matière. C'est aussi là que la qualité est la plus difficile à évaluer.
Première erreur : croire que l'on achète du daim. Sur une chaussure d'entrée ou de milieu de gamme, il s'agit très majoritairement de croûte de cuir velours. L'étiquette mentionne « cuir » ou « cuir velours », ce qui est exact mais ne vous dit rien de la couche utilisée. Vérifiez l'épaisseur de la matière et la régularité du poil avant d'acheter.
Deuxième erreur : le daim clair en saison humide. Le beige, le sable et le gris pâle sont magnifiques trois semaines puis marquent chaque projection. Sur une chaussure portée quotidiennement d'octobre à mars, la teinte foncée est la seule décision raisonnable. Gardez le clair pour les demi-saisons sèches et les usages ponctuels.
Troisième erreur : ignorer les zones qui trahissent. Sur une botte ou une bottine, trois points se dégradent en premier. Le pli du cou-de-pied, où la flexion aplatit le poil et le lustre. L'arrière du talon, frotté par la marche. Le bord de semelle, où la colle et la poussière s'accumulent. Inspectez ces trois zones à l'essayage : si elles sont déjà marquées en boutique, la matière est de mauvaise qualité.
C'est aussi sur la chaussure que le nubuck prend tout son sens. Sur une bottine portée quotidiennement, il encaisse le pli du cou-de-pied et le frottement du talon bien mieux que le daim.
Le sac en daim : la pièce la plus exposée
Le sac en daim est l'un des retours les plus visibles de la saison, porté par la mode du sac souple. C'est aussi la pièce en daim la plus exposée à l'usure, pour une raison mécanique simple : un sac ne cesse jamais de frotter.
Il frotte contre le manteau, contre la hanche, contre le jean, qui est source de transfert de couleur sur les daims clairs. Il est posé sur le sol. Il marque à la poignée et à la bandoulière, là où la main et l'épaule lustrent le poil. Un sac clair porté au quotidien présente des zones brillantes en quelques mois.
Soit vous choisissez une teinte profonde, qui absorbe les marques. Soit vous réservez le sac en daim à un usage secondaire - sorties, soirées, déplacements légers - et gardez un cuir lisse pour le sac de travail quotidien.
L'erreur du total look en daim
Cumuler plusieurs pièces en daim dans une même tenue est une erreur très fréquente. Elle procède d'une intuition juste, l'harmonie des textures, mais produit pourtant l'effet inverse de celui que l'on recherche.
Comme on l'a vu, le daim est une matière qui n'émet aucun reflet et ne crée aucun contour. Superposer une veste, un sac et des bottes en daim revient donc à empiler des volumes sans aucune arête pour les séparer. La silhouette s'aplatit, les limites entre les pièces disparaissent, et l'ensemble s'éteint. À cela s'ajoute la référence aux années soixante-dix.
La règle est donc une pièce en daim par tenue. A une exception près : deux pièces en daim peuvent coexister si l'une est très petite et distante de l'autre, par exemple une ceinture en daim et des chaussures en daim. Le rappel fonctionne alors comme un écho, et non comme une accumulation.
Avec quoi porter le daim ?
Tout ce qui précède dit ce qu'il faut éviter. Reste la question pratique : une fois la pièce choisie, à quoi l'associe-t-on ?
A quelles matières associer le daim ?
Le daim demande en face une matière qui a de la tenue. Un jean brut, un pantalon de laine, un coton épais, une maille fine et dense. Ces matières apportent la ligne que le daim ne fournit pas, et la silhouette retrouve ses contours.
À l'inverse, associer le daim à des matières fluides revient à empiler du mou sur du mou. Une veste en daim sur une robe en viscose, un pantalon en daim avec une blouse en crêpe : rien ne structure, et la silhouette se dissout.
Le daim est une matière mate, il gagne donc à côtoyer une matière qui renvoie de la lumière. Un chemisier en soie, une chaussure vernie, un bijou métallique, une boucle de ceinture brillante redonnent par contraste, au daim la profondeur qu'il n'obtient pas seul. C'est ce contraste qui fait la différence entre une tenue terne et une tenue lisible.
A quelles couleurs associer le daim ?
Les teintes profondes de daim, chocolat, taupe, kaki foncé, anthracite, s'accordent avec presque tout et demandent peu d'arbitrage. Elles se portent avec du noir, du gris, du bleu marine, du blanc cassé, du denim, sans autre précaution que le contraste de matière.
Pour aller plus loin :
Le camel et le cognac sont plus exigeants. Ils appellent des couleurs franches en face, noir, blanc, bleu marine, gris foncé. Associés à d'autres teintes chaudes, beige, rouille, moutarde, ils composent une harmonie qui date immédiatement la tenue.
Un daim clair, beige ou sable, se comporte comme une pièce claire ordinaire : il monte le regard vers l'endroit où il se trouve. Sur une veste, il élargit visuellement le haut du corps ; sur une chaussure, il raccourcit la ligne de jambe si la teinte tranche avec le pantalon.
Pour aller plus loin :
Porter du daim au bureau : ce qui passe, ce qui fait basculer la tenue
Le daim n'est pas spontanément une matière d'autorité. Son velouté, sa souplesse et son absence de reflet en font une matière tactile et chaleureuse, plus proche du registre de la proximité que de celui de la distance professionnelle. Cela ne l'exclut pas du bureau, mais impose de connaître l'image qu'il renvoie.
Ce qui passe sans difficulté dans presque tous les environnements : la chaussure en teinte foncée, la ceinture, le sac, à condition qu'il soit sobre et bien entretenu. Ces pièces apportent une texture qui rompt la monotonie d'une tenue de travail sans en modifier le registre.
Ce qui fait basculer de registre en revanche : la veste en daim clair, la jupe, tout ce qui occupe une large surface visible. Une veste en daim camel signale immédiatement un contexte détendu, quel que soit le reste de la tenue. Dans un environnement à codes vestimentaires marqués, elle est à éviter absolument lors des réunions où votre crédibilité est en jeu.
Les critères principaux pour déterminer si une pièce en daim peut être portée dans le contexte professionnel sont la surface qu'occupe la pièce sur la tenue et la couleur de la pièce :
Petite surface et teinte profonde : le daim reste un détail de matière, et cette texture ajoute de la présence sans coûter en crédibilité.
Grande surface ou teinte claire : le daim devient le sujet de la tenue, et suppose un choix délibéré.
Daim et pluie : une matière saisonnière
La difficulté de porter du daim sous la pluie mérite d'être posée sans ambiguïté : le daim absorbe l'eau. Sa surface poncée est poreuse. En séchant, les fibres se rétractent de manière inégale et laissent une auréole au pourtour de la zone mouillée. Sur un daim foncé, elle reste discrète. Sur un daim clair, elle est souvent définitive.
Cette vulnérabilité définit une fenêtre d'usage. Le daim est une matière de saison intermédiaire et d'hiver sec : septembre, octobre, les journées froides et claires de janvier et de février. Il n'est pas une matière de novembre pluvieux ni de printemps instable. Et il n'est pas non plus une matière d'été, sa densité et son toucher chaud le rendant inconfortable au-dessus de vingt degrés.
L'imperméabilisant se pose avant de porter la pièce pour la première fois, jamais après le premier accident. Un spray adapté au daim crée une barrière temporaire qui laisse le temps d'essuyer une projection, à renouveler toutes les cinq à six sorties. Il ne rend pas la matière étanche et ne dispense d'aucune vigilance.
Si la pièce prend l'eau malgré tout : ne la faites jamais sécher près d'un radiateur ou au sèche-cheveux, la chaleur durcit la fibre de façon irréversible. Épongez sans frotter, laissez sécher à température ambiante loin de toute source de chaleur, puis brossez une fois la pièce parfaitement sèche.
Entretenir le daim : ce qui se rattrape et ce qui ne se rattrape pas
Entretenir le daim demande peu de matériel mais beaucoup de régularité. Une brosse en crêpe, une gomme à daim et un spray imperméabilisant suffisent à couvrir l'essentiel des situations. La différence se joue sur la fréquence : un brossage après chaque port est plus efficace que n'importe quel traitement de rattrapage.
Ne pas traiter le daim comme du cuir : cirage, crème nourrissante et lait hydratant écrasent définitivement le velouté. Aucun produit destiné au cuir lisse ne doit approcher une pièce en daim.
Le brossage se fait toujours sur une pièce sèche, dans le sens du poil, d'un geste léger. Il relève les fibres couchées par le frottement et retire la poussière avant qu'elle ne s'incruste. Sur une zone lustrée par l'usage, un brossage à rebours puis un retour dans le sens du poil redresse le velouté, au moins partiellement.
Les taches sur le daim se traitent selon leur nature et avec des produits adaptés. Ni eau, ni savon : tout liquide aggrave la situation.
Ce qui ne se rattrape pas mérite d'être connu avant l'achat : une auréole d'eau sur un daim clair est presque toujours définitive. Un lustrage profond au niveau des plis, cou-de-pied, coude, assise, ne revient jamais complètement. Une tache d'encre ou de teinture transférée par un jean foncé est irréversible. Une brûlure de chaleur, radiateur ou sèche-cheveux, détruit la fibre. Passé ces seuils, la teinture professionnelle est la seule option, mais elle ne rend pas la pièce neuve pour autant.
Enfin, le rangement compte autant que le nettoyage. Une pièce comprimée entre deux vêtements ressort marquée, le poil écrasé aux points de pression. Le daim se range en laissant de la place autour, sur cintre large, jamais sous housse plastique qui empêche la fibre de respirer.
En résumé
Sous le mot daim circulent quatre matières très différentes : le daim, poncé côté chair, souple et fragile ; le nubuck, poncé côté fleur, nettement plus résistant ; la croûte de cuir velours, issue des couches inférieures de la peau, à l'origine de la plupart des déceptions ; et la suédine, textile synthétique.
Quatre vérifications suffisent en boutique : le poil qui change de teinte à rebours, la régularité du velouté, l'épaisseur à la tranche, et la composition sur l'étiquette.
Le daim absorbe la lumière et ne crée aucun contour. Il adoucit la silhouette, mais perd toute lisibilité dès que le poil s'aplatit ou se lustre.
Une pièce en daim ne se bonifie pas avec le temps : contrairement au cuir lisse, elle se maintient ou elle se dégrade.
La veste doit assumer la souplesse. Les coupes structurées s'affaissent, et les teintes profondes vieillissent mieux que le camel.
La jupe droite marque aux zones de tension. La coupe trapèze résout le problème.
Pour les chaussures, la teinte foncée est la seule décision raisonnable pour un port quotidien en saison humide. Le nubuck y tient mieux que le daim.
Une seule pièce en daim par tenue, associée à une matière qui a de la tenue et, si possible, à un détail qui capte la lumière.
Au bureau, le daim passe s'il est porté sur une petite surface et dans une teinte profonde. Sur une grande surface ou dans une teinte claire, il change le registre de la tenue.
Imperméabilisant avant de le porter pour la première fois, brossage après chaque sortie, jamais de chaleur ni de produit destiné au cuir lisse.
FAQ - Porter du daim : les erreurs à éviter
Quelle est la différence entre le daim et le nubuck ?
Le daim et le nubuck proviennent de la même peau mais ne sont pas poncés du même côté. Le daim est travaillé côté chair, ce qui lui donne un poil long et souple. Le nubuck est poncé côté fleur, et sa résistance est nettement supérieure. Pour une pièce portée tous les jours, préférez le nubuck.
Comment reconnaître du vrai daim ?
Un vrai daim présente un poil court, dense et régulier, qui change de teinte lorsqu'on passe la main à rebours. Une surface pelucheuse, irrégulière ou trop épaisse trahit une croûte de cuir velours. L'étiquette tranche la question : un textile synthétique y figure en pourcentages.
Le daim résiste-t-il à la pluie ?
Non, le daim ne résiste pas à la pluie. Sa surface poncée est poreuse et absorbe l'eau immédiatement, ce qui aplatit le poil et laisse une auréole en séchant. Un imperméabilisant appliqué avant de porter la pièce pour la première fois limite les dégâts, mais ne rend jamais la matière étanche.
Quelle veste en daim choisir ?
Choisissez une coupe qui assume la souplesse : veste droite, modèle légèrement ample aux épaules basses, veste courte et fluide. Le daim ne tient pas la structure, et une coupe rigide s'affaisse en quelques semaines. Privilégiez les teintes profondes, chocolat, taupe ou kaki foncé, plus durables que le camel.
Veste en daim ou veste en cuir : laquelle choisir ?
La veste en cuir apporte de la structure, la veste en daim apporte de la souplesse. Choisissez le cuir si vous cherchez une épaule nette et un signal d'autorité, le daim si vous voulez adoucir une silhouette. Le daim demande en revanche beaucoup plus de précautions d'usage.
Peut-on porter du daim au bureau ?
Oui, à condition de le cantonner à une pièce et à une teinte soutenue. Une chaussure, une ceinture ou un sac en daim foncé passent sans difficulté dans un environnement professionnel. Une veste en daim clair, elle, bascule immédiatement le registre de la tenue vers le décontracté.
Le daim s'abîme-t-il plus vite que le cuir ?
Oui, le daim se dégrade plus vite que le cuir pleine fleur. Son poil s'aplatit aux zones de frottement, retient la poussière et marque à chaque pli. Un cuir lisse se patine en vieillissant, quand un daim mal entretenu se lustre et perd définitivement son aspect velouté.


