Comment porter une veste en tweed : les erreurs à éviter
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La veste en tweed est une pièce qui impressionne avant d'être portée. On lui reconnaît une élégance particulière — quelque chose de solide, de posé, d'ancré. Mais on hésite : trop british ? Trop affirmé ? Ces questions révèlent avant tout une incompréhension du signal envoyé par le tweed, plus qu'une incompatibilité réelle avec un vestiaire contemporain.
Le tweed est une matière culturellement chargée, à la fois aristocratique et populaire, marquée autant par Chanel que par les costumes de chasse traditionnels, autant par le luxe parisien que par les landes écossaises. La veste concentre cette ambivalence plus que toute autre pièce : c'est elle qu'on achète, c'est elle qu'on hésite à sortir du dressing.
Décrypter ce que la veste en tweed signale selon sa coupe, son motif et le contexte où on la porte, et comment l'associer pour qu'elle renforce votre présence : c'est l'objet de cet article.
Pour aller plus loin : Les matières que l'on porte : les erreurs à éviter
Le tweed : une matière chargée d’histoire
Le tweed est né dans les îles britanniques — Irlande et Écosse — comme une matière de travail : solide, résistante à l'humidité, coupant le vent, tissée à la main pour les paysans et les pêcheurs des régions côtières. Au XIXe siècle, l'aristocratie britannique s'en empare pour ses loisirs de plein air, et opère un renversement symbolique majeur : la robustesse conçue pour le travail devient le signe d'une élégance qui se passe des matières précieuses. Le tweed dit qu'on n'a pas besoin de soie pour avoir du style.
Le Harris Tweed est le seul à bénéficier d'une appellation légale. Le Harris Tweed Act de 1993 garantit qu'il est tissé à la main au domicile des artisans des Hébrides extérieures, à partir de laine vierge teinte et filée sur place. Chaque pièce porte un orbe doré : c'est le signal de qualité le plus fiable du marché.
La transformation décisive pour le vestiaire féminin vient de Gabrielle Chanel dans les années 1920. Elle prend une matière masculine et fonctionnelle et en fait la base de son tailleur : épuré, coloré, galonné, coupé pour libérer le mouvement. Le tweed cesse d'être la lande écossaise pour devenir l'autorité féminine parisienne — et cette dualité structure encore aujourd'hui la lecture de la veste en tweed.
Les trois coupes de veste en tweed
Une veste en tweed n'est pas une catégorie homogène. Il existe trois coupes prédominantes dont les signaux sont pleinement distincts. Choisir une coupe inadaptée pour le contexte est une erreur plus lourde que se tromper de motif.
La veste Chanel
Sa construction est immédiatement reconnaissable : pas de col ni de revers, une encolure ras-du-cou, une fermeture bord à bord, une coupe droite et courte qui s'arrête à la taille ou juste en dessous. Quatre poches plaquées, un galon qui souligne tous les bords, des boutons travaillés, et une chaînette cousue dans l'ourlet intérieur pour assurer un tombé parfaitement droit.
Son signal est celui de l'autorité féminine construite. L'absence de revers écarte l'héritage du tailoring masculin : cette veste ne rappelle pas le costume d'homme, elle affirme un code proprement féminin. C'est la coupe la plus lisible en contexte professionnel exigeant, et la seule qui fonctionne pleinement en total look.
Sa limite : la coupe droite et courte demande une certaine précision d'ajustement, et le galon très contrasté peut basculer vers le costume de scène si la qualité de la pièce ne suit pas.
Le blazer en tweed
Col cranté, revers, boutonnage simple ou croisé, longueur qui descend à la hanche, souvent une taille légèrement marquée. C'est la transposition directe du tailoring masculin au vestiaire féminin, dans une matière texturée.
Son signal est celui du registre professionnel classique. Le revers cranté est un code corporate immédiatement lisible : cette veste s'inscrit dans la même grammaire qu'un blazer en laine unie, avec un supplément de texture et de profondeur. C'est la coupe de veste en tweed la plus polyvalente et la plus facile à intégrer dans un dressing existant.
Sa limite : c'est aussi la plus banale des trois. Un blazer en tweed médiocre ressemble simplement à un blazer médiocre.
Pour aller plus loin : Comment porter un blazer femme : les erreurs à éviter
La veste country
Coupe ample, longueur qui descend sur la hanche voire plus bas, poches à rabat souvent volumineuses, parfois des coudières ou des empiècements en cuir, boutonnage plus décontracté. C'est la coupe la plus proche de l'origine fonctionnelle du tweed.
Son signal est celui de l'héritage britannique rural. Il fonctionne remarquablement bien en registre décontracté, en week-end, dans les environnements créatifs ou dans les secteurs où le code vestimentaire valorise le caractère plutôt que la conformité.
Sa limite : c'est la coupe la plus mal perçue en contexte corporate. Portée en réunion formelle, elle active immédiatement l'imaginaire du costume de chasse.
Comment choisir ?
La question à se poser, bien avant de s'interroger sur le motif et la couleur : dans quel registre cette veste doit-elle m'installer ? Pour un environnement professionnel standardisé, le blazer en tweed neutre est à privilégier. Pour un contexte de représentation ou de direction, la veste Chanel est à privilégier. Pour un vestiaire de week-end ou un secteur créatif, la veste country est adaptée. Une veste de qualité peut être parfaitement lisible dans un contexte et impossible à porter dans un autre — la coupe décide.
La structure de l’épaule : la variable invisible
L'épaule est le point de construction qui décide de la façon dont une veste en tweed sera perçue. Sur une matière déjà chargée comme le tweed, elle pèse particulièrement lourd.
Une épaule structurée, avec épaulette et tête de manche montée, produit une ligne nette et horizontale. Elle affirme la silhouette, elle ancre la veste dans le registre formel, et elle crée une présence immédiate. C'est la construction du blazer classique.
Une épaule déstructurée, sans épaulette et avec une doublure allégée, laisse la veste suivre la ligne naturelle du corps. Elle produit une lecture plus souple, plus contemporaine, moins institutionnelle.
Le point qui compte : sur un tweed épais et texturé, une épaule très structurée additionne les signaux. La matière apporte déjà du volume visuel et une certaine rigidité ; y ajouter une épaulette marquée pousse la pièce vers le costume de scène.
À l'inverse, sur un tweed à grain fin dans un contexte corporate exigeant, la structure d'épaule est ce qui donne à la veste sa crédibilité professionnelle.
La règle pratique : plus le tweed est épais et chargé, plus l'épaule doit être discrète. Plus le tweed est fin et sobre, plus la structure peut être assumée.
La longueur : ce que la coupe dit du registre
Après le choix de la coupe et la structure de l'épaule, la longueur est la troisième variable qui décide de la lecture. Trois repères, chacun installant dans un registre distinct.
La longueur qui s'arrête à la taille, c'est celle de la veste Chanel. Elle produit une silhouette nette et compacte, et laisse toute la ligne du bas visible. C'est la longueur la plus affirmée. La construction de la tenue est entièrement lisible. Elle exige donc que le bas soit irréprochable avec un pantalon bien coupé ou une jupe dont la longueur est juste.
La longueur qui s'arrête à la hanche, c'est celle du blazer. C'est la longueur de compromis, la plus facile à porter et la plus discrète dans un environnement professionnel standard.
La longueur qui va jusqu'à la cuisse ou plus bas tire la veste vers le registre du manteau court. Sur un tweed épais, cette longueur cumule les signaux de volume et bascule facilement vers la pièce d'extérieur. Elle appartient plutôt à la coupe country, et fonctionne mal en contexte formel.
Le point d'attention : la longueur des manches. Sur une veste en tweed, elle doit s'arrêter à l'os du poignet, ni plus haut ni plus bas. Une manche trop longue empâte la silhouette et signale immédiatement une pièce approximative alors qu'une manche trop courte donne l'impression d'un vêtement emprunté. C'est la retouche la plus fréquente et la moins coûteuse — et celle qui change le plus la perception de la pièce.
Les finitions : lire la gamme sans regarder l’étiquette
Les finitions sont ce qui distingue une veste en tweed de qualité d'une pièce médiocre — et elles se lisent en boutique, en trente secondes, avant même de chercher la composition.
Le galon : sur une veste d'inspiration Chanel, le galon doit être cousu à plat, régulier sur toute sa longueur, avec des angles nets. Un galon qui gondole, dont la couleur jure avec le tweed, ou dont les raccords sont visibles aux angles, signale une fabrication rapide. Un galon ton sur ton est presque toujours plus sûr qu'un galon très contrasté : il apporte la structure du code sans le risque du déguisement.
Les boutons : les boutons dorés travaillés sont un code Chanel assumé ; ils fonctionnent quand la qualité suit. Les boutons en corozo, en corne ou recouverts de tissu sont des marqueurs de gamme plus discrets et plus sûrs. Le signal d'alerte est le bouton en plastique doré léger, dont la brillance uniforme trahit immédiatement la pièce d'entrée de gamme.
Les poches : les poches plaquées appartiennent au registre Chanel et country alors que les poches passepoilées appartiennent au registre blazer. Le point à vérifier dans les deux cas : le raccord de motif. Sur une veste bien fabriquée, le motif de la poche prolonge celui du corps de la veste. Sur une pièce industrielle, la poche est coupée sans égard au raccord, et la rupture visuelle saute aux yeux.
Le raccord des motifs aux coutures : c'est le marqueur le plus révélateur. Sur un tweed à carreaux, les lignes doivent se prolonger d'un panneau à l'autre aux coutures latérales et au dos. Le raccord consomme du tissu et du temps de coupe : c'est exactement ce qu'une production à bas coût supprime en premier.
La doublure : une doublure en soie ou en viscose de qualité, bien posée, avec un pli d'aisance au dos, indique une construction soignée. Une doublure en polyester fin, tendue, qui tire aux emmanchures, annonce une pièce qui se déformera vite.
Le signal de la veste en tweed
Le tweed envoie l'un des signaux culturels les plus forts du vestiaire féminin. Le signal du tweed est contextuel, chargé d'histoire, et très sensible à la coupe et au motif choisis.
Ce que l'œil perçoit en premier sur une veste en tweed, c'est la texture. Le tweed est une matière visible — ses fils entrelacés, ses couleurs mélangées, ses motifs tissés sont perçus à distance avant même que la coupe soit identifiée. Cette visibilité est à la fois son atout principal — elle crée de la présence et de la profondeur sans effort — et son risque principal : quand la texture est trop chargée, c'est elle qu'on retient, plus que la femme qui la porte.
La veste en tweed demande une lecture fine du contexte :
Dans les environnements créatifs, les secteurs où l'élégance personnelle est valorisée, les contextes de représentation où la matière renforce l'image : la veste bien choisie est une pièce d'autorité rare.
Dans les contextes corporate très standardisés, la même veste peut paraître trop affirmée ou trop personnelle, et créer une dissonance avec les codes implicites de l'environnement.
Le motif est la deuxième variable la plus déterminante, après la coupe. Un tweed à grain fin et couleurs sobres — beige et gris, marine et blanc cassé — est proche d'une laine texturée dans sa lecture contextuelle. Un tweed à carreaux larges en couleurs intenses concentre tous les codes aristocratiques britanniques dans une seule pièce. Entre ces deux extrêmes, une gamme de motifs dont la lecture varie considérablement selon l'environnement.
Pour en savoir plus sur les codes vestimentaires : Codes vestimentaires et charisme : pourquoi adapter sa tenue à chaque situation décuple votre impact
L’erreur de la veste en tweed trop chargée
C'est l'erreur la plus fréquente avec cette pièce. Une veste en tweed à motif trop chargé ne laisse pas de place au reste de la tenue : la matière prend tout l'espace visuel disponible et impose sa lecture quelle que soit la construction autour d'elle.
Les motifs qui surchargent le signal sont ceux dont l'échelle ou l'intensité dépasse ce que le contexte peut accueillir. Des carreaux larges en couleurs contrastées — le glen plaid écossais traditionnel, le grand carreau Prince de Galles — créent une présence visuelle très forte qui fonctionne dans des contextes où le code vestimentaire est souple ou distinctif, mais qui déborde dans les contextes formels ou neutres. Des mélanges de fils de couleurs vives — rouge, jaune, vert — dans un tweed multicolore créent la même saturation.
La règle est proportionnelle : plus le motif de la veste est chargé, plus le reste de la tenue doit être en retrait. Une veste à carreaux marqués demande un fond entièrement neutre — couleur unie, matière lisse, accessoires discrets.
La veste en tweed à grain fin, à motif discret ou à couleurs sourdes, est celle qui offre le plus de liberté dans la construction de la tenue. Elle peut être associée à des pièces qui ont leur propre présence sans créer de saturation — c'est la gamme du tweed Chanel dans ses versions les plus épurées, et celle qui fonctionne le mieux dans les contextes professionnels exigeants.
L’erreur du total look en tweed
La tentation vient naturellement quand on possède une veste en tweed de lui assortir une jupe ou un pantalon dans le même tissu. Le tailleur tweed est l'une des configurations les plus emblématiques du vestiaire féminin. C'est aussi l'une des plus risquées.
Un total look tweed dans un motif chargé produit un signal de costume au sens théâtral du terme — ou pire, de costume de chasse. Les deux pièces s'additionnent visuellement. C'est l'erreur que l'œil perçoit immédiatement comme un manque de recul sur la matière.
L'exception Chanel change la donne : le tailleur d'inspiration Chanel — ou ses équivalents d'autres maisons qui ont compris le code — fonctionne précisément parce qu'il a été conçu comme un ensemble cohérent : les deux pièces sont faites pour aller ensemble, avec des finitions qui les unifient et une coupe qui crée une silhouette globale. Ce n'est pas un hasard de matière, c'est une construction délibérée. Dans ce cas précis, le total look est un code à part entière, lisible dans les contextes qui lui correspondent : un événement professionnel, ou une occasion où le code vestimentaire permet ce niveau d'affirmation.
Toutes les autres configurations — une veste et une seconde pièce en tweed achetées séparément, dans des tweeds différents ou des motifs légèrement distincts — ne fonctionnent pas ensemble.
La règle est la même qu'avec les autres matières à fort signal : une pièce à la fois. La veste en tweed avec un pantalon en laine unie, ou avec une jupe en crêpe sobre : ces associations laissent la veste exister pleinement sans la saturation du total look.
Porter une veste en tweed au bureau
Porter du tweed au bureau fonctionne — à condition de décrypter le contexte avec précision et de choisir la pièce en conséquence. Ce n'est pas une matière universellement adaptée à tous les environnements professionnels, mais elle est beaucoup plus polyvalente qu'on ne le croit.
La veste en tweed à grain fin, coupe ajustée, sans motif trop marqué, est la pièce en tweed la plus polyvalente dans le vestiaire professionnel. Sa coupe compense la texture de la matière par sa sobriété : elle ajoute de la présence et de la profondeur à une tenue neutre sans en modifier le registre. C'est la raison pour laquelle elle fonctionne là où d'autres pièces en tweed passent difficilement.
Les configurations qui posent problème en contexte formel sont celles dont le motif ou le volume créent une dissonance avec les codes implicites de l'environnement. Une veste à carreaux larges très chargés dans une réunion de direction : le signal est trop affirmé pour le contexte. Une veste country dans le même contexte produit le même contresens, quel que soit son motif.
La couleur de la veste est le premier désamorceur du signal trop affirmé. Les tweeds à dominante neutre — beige, gris, marine, camel — sont les plus accessibles dans un contexte professionnel standard. Ces couleurs, déjà familières à l'œil dans d'autres matières du vestiaire de travail, permettent de percevoir la veste en tweed sans activer automatiquement l'imaginaire aristocratique.
Les tweeds à couleurs vives ou saturées demandent un contexte plus permissif, ou une construction de tenue qui compense la charge visuelle de la couleur.
Les matières associées doivent systématiquement être en retrait. Coton lisse, soie mate, crêpe : ces matières donnent à la veste l'espace pour exister sans concurrence.
Les chaussures jouent un rôle d'arbitre important : des bottines à talons bas ou des escarpins sobres tirent la veste vers le registre professionnel, là où des chaussures plates casual ou des sneakers l'ancrent dans un registre décontracté.
La saison de la veste en tweed : le printemps et l’automne aussi
La veste en tweed est souvent perçue comme une pièce exclusivement automnale et hivernale. Cette association est compréhensible — le tweed épais est effectivement adapté au froid — mais elle masque une réalité plus nuancée, et prive d'une pièce polyvalente pendant une bonne partie de l'année.
Il existe des tweeds légers, à grammage réduit et tissage moins dense, parfaitement adaptés au printemps et à l'automne. Ces tweeds conservent la texture et la profondeur visuelle de la matière, mais leur comportement thermique est comparable à celui d'une laine légère. Une veste en tweed léger portée en avril ou en septembre, dans un bureau climatisé ou lors d'une réunion en extérieur par temps frais, convient parfaitement.
Ce point rejoint la question de la doublure. Une veste en tweed léger doublée intégralement perd une partie de sa polyvalence saisonnière ; une veste demi-doublée, ou doublée uniquement au dos, garde une amplitude d'usage nettement plus large.
En revanche, une veste en tweed épais telle que celles de Harris Tweed traditionnel ou en laine bouclée dense, portée dans un bureau très chauffé en plein hiver crée un inconfort thermique réel qui se voit dans la posture et dans le comportement. La matière, conçue pour résister au froid extérieur, devient excessive dans un environnement intérieur chauffé.
Les erreurs transversales avec les vestes en tweed
Trois erreurs s'appliquent à toutes les situations, indépendamment de la coupe ou du contexte.
La première est de confondre tweed authentique et tweed synthétique : le marché propose des pièces dites « effet tweed » ou « tweed fantaisie » dont la composition est en réalité majoritairement synthétique — acrylique, polyester, mélanges divers.
Ces pièces imitent visuellement l'aspect du tweed naturel en boutique, mais leur signal se dégrade rapidement à l'usage : la texture s'aplatit, les couleurs perdent leur profondeur, le comportement thermique trahit l'origine synthétique.
Un tweed authentique est composé majoritairement de laine naturelle. La différence est immédiatement perceptible pour un œil attentif, et elle conditionne entièrement la durée de vie du signal que la pièce envoie.
La deuxième est d'acheter une veste sans penser à sa position dans le dressing existant : le tweed est une matière forte — par définition, la veste sera la pièce autour de laquelle la tenue s'organise. L'acheter dans un motif chargé sans avoir identifié les fonds sobres qui permettront de la porter, c'est prendre le risque d'une pièce qui reste dans le dressing faute de trouver son écosystème. Avant d'acheter, la question n'est pas seulement « est-ce que cette veste est belle ? » mais « est-ce que j'ai de quoi construire une tenue autour d'elle ? »
La troisième est de négliger l'association avec les chaussures : le pied est l'arbitre final de la lecture d'une tenue comportant du tweed — plus encore qu'avec d'autres matières, parce que le tweed crée une tension entre l'héritage aristocratique et campagnard d'un côté, et le registre professionnel contemporain de l'autre.
Des chaussures fermées et nettes — escarpins bas, mocassins structurés, bottines sobres — résolvent cette tension. Des chaussures à plateforme, des sneakers ou des sandales décontractées entrent en dissonance avec le signal de la matière.
L’entretien de la veste en tweed
Le tweed est une matière robuste — c'est précisément pour ça qu'il a été conçu. Mais cette robustesse crée un faux sentiment de sécurité qui conduit à négliger les gestes simples d'entretien. Cette exigence concerne au premier chef le tweed authentique en laine naturelle : c'est une matière vivante, sensible à la friction et à l'humidité, là où ses imitations synthétiques sont plus inertes mais incapables de tenir leur signal dans la durée.
Le défaut le plus visible est le lustrage aux zones de contact prolongé : coudes et revers en premier lieu. Sous l'effet de la friction, les fibres s'aplatissent et prennent un aspect brillant qui contraste avec la texture mate du reste de la veste. Ce lustrage est difficilement réversible — beaucoup plus facile à prévenir qu'à corriger. La solution tient en un geste : brosser régulièrement la pièce dans le sens du tissage avec une brosse à vêtements douce.
Le stockage conditionne la durée de vie de la veste. La veste en tweed se suspend sur un cintre large qui soutient les épaules ; elle ne se plie pas. Les plis marquent la matière durablement. Elle se garde dans un endroit aéré, à l'abri de l'humidité qui peut faire feutrer les fibres, avec un répulsif naturel contre les mites.
Reste un point que l'entretien seul n'explique pas : le tweed appartient à la petite famille des matières où le temps valorise la pièce. Un tweed de qualité s'assouplit, ses couleurs se patinent sans perdre leur profondeur. Des coudières en cuir posées proprement sur une veste dont les coudes commencent à luster prolongent la pièce et renforcent son caractère.
La limite est nette : la patine valorise, l'usure ne valorise pas. Un tweed lustré aux revers, aux poches distendues et à la doublure déchirée ne raconte rien d'autre qu'un manque d'attention.
En résumé
La veste en tweed a une dimension intemporelle que peu de pièces partagent au même degré. Une veste de qualité achetée aujourd'hui sera encore portée dans vingt ans — non comme pièce vintage, mais comme pièce intemporelle dont les codes ne vieillissent pas. Le tweed Chanel des années 1960 reste aujourd'hui un signal de distinction et d'autorité. C'est cette permanence qui justifie l'investissement dans une pièce bien choisie, et qui rend le tweed synthétique structurellement décevant.
Porter une veste en tweed avec précision tient à l'ajustement de six variables : la coupe choisie selon le registre visé, la structure de l'épaule selon l'épaisseur du tweed, la longueur, le motif selon sa charge visuelle, le grammage selon la saison, et la construction de la tenue autour de la veste en tweed.
La veste en tweed récompense celles qui acceptent de la comprendre. C'est une pièce héritée d'une matière qui a traversé plusieurs siècles et plusieurs transformations symboliques — du paysan irlandais à la cour d'Angleterre, de la lande écossaise à l'atelier Chanel. Cette trajectoire est encore active dans la façon dont l'œil contemporain la perçoit. La maîtriser, c'est avoir accès à l'un des signaux les plus riches du vestiaire féminin.
A lire aussi :
FAQ - Comment porter une veste en tweed ? Les erreurs à éviter
Quelle coupe de veste en tweed choisir ?
Trois coupes prédominent : la veste Chanel, sans col ni revers, coupe droite et courte, signale l'autorité féminine construite. Le blazer à col cranté s'inscrit dans le registre professionnel classique. La veste country, ample avec poches à rabat, appartient au registre décontracté. Le choix de la coupe prime sur celui du motif.
Comment reconnaître une veste en tweed de qualité ?
Le raccord des motifs aux coutures est le marqueur le plus révélateur : sur une pièce bien fabriquée, les lignes se prolongent d'un panneau à l'autre. Vérifier aussi les boutons, en corozo ou en corne plutôt qu'en plastique doré, la régularité du galon, et la tenue de la doublure aux emmanchures.
Faut-il une épaule structurée ou déstructurée ?
Plus le tweed est épais et chargé, plus l'épaule doit être discrète : la matière apporte déjà du volume et une épaulette marquée pousse la veste vers le costume. Sur un tweed à grain fin en contexte corporate, la structure d'épaule apporte au contraire la crédibilité professionnelle attendue.
Le tweed fait-il vieille France ou trop british ?
Non, les codes du tweed ne vieillissent pas. Ce qui date, c'est un motif trop chargé sur une coupe elle-même datée, porté en contexte formel. Une veste à grain fin dans une coupe contemporaine se lit comme une pièce d'autorité, et non comme un vêtement d'un autre temps.
Peut-on porter une veste en tweed au bureau ?
Oui, à condition de choisir un tweed à grain fin dans une couleur neutre et une coupe adaptée au registre. Le blazer en tweed sobre est la configuration la plus polyvalente. Les carreaux larges, les couleurs saturées et la coupe country demandent un environnement aux codes vestimentaires plus souples.
Peut-on assortir une veste en tweed à une jupe ou un pantalon en tweed ?
Uniquement s'il s'agit d'un tailleur conçu comme un ensemble, dans l'esprit du tailleur Chanel. Deux pièces en tweed achetées séparément s'additionnent visuellement et produisent un effet de costume de scène. La règle par défaut reste une seule pièce en tweed par tenue, associée à des matières lisses et unies.
Quelles chaussures porter avec une veste en tweed ?
Des chaussures fermées et nettes : escarpins bas, mocassins structurés, bottines sobres. Le pied arbitre la lecture d'une tenue comportant du tweed, entre héritage campagnard et registre professionnel contemporain. Les plateformes, les sneakers et les sandales décontractées entrent en dissonance avec le signal de la matière.
La veste en tweed se porte-t-elle au printemps ?
Oui, dans sa version légère et demi-doublée. Les tweeds à grammage réduit conservent la texture et la profondeur visuelle de la matière avec un comportement thermique proche d'une laine légère. Le tweed épais, lui, reste réservé au froid extérieur et devient inconfortable en intérieur chauffé.
Comment entretenir une veste en tweed ?
Par un brossage régulier dans le sens du tissage, avec une brosse douce. Ce geste prévient le lustrage aux coudes et aux revers, difficilement réversible. La veste se suspend sur un cintre large, ne se plie pas, et se stocke dans un endroit aéré.


